Migrants : l’appel de Sant’Egidio aux candidats à la présidence de la République

C’est un véritable cri que le pape François a lancé depuis le camp de réfugiés de Lesbos, le 5 décembre 2021. La Communauté de Sant’Egidio s'est associée avec l'hebdomadaire La Vie et 60 personnalités et ONG pour lancer un appel commun aux candidats publié le 7 décembre 2021 .

Le pape François rencontre des migrants et des réfugiés à Mytilène sur l'île de Lesbos, le 5 décembre 2021.
Le pape François rencontre des migrants et des réfugiés à Mytilène sur l’île de Lesbos, le 5 décembre 2021 (VATICAN MEDIA/ABACAPRESS.COM).

« Des personnes et des vies humaines sont en jeu ! » C’est un véritable cri que le pape François a lancé depuis le camp de réfugiés de Lesbos, au quatrième jour de son voyage à Chypre et en Grèce, rappelant que « le repli sur soi et les nationalismes – comme l’histoire nous l’enseigne – mènent à des conséquences désastreuses ». Parce que la question migratoire est un enjeu d’humanité et ne doit pas être instrumentalisée dans la campagne présidentielle, La Vie et la communauté Sant’Egidio s’associent avec 60 personnalités et ONG pour lancer un appel commun aux candidats : cessons d’opposer sécurité et solidarité !

« Le ou la futur(e) président(e) de la République aura à répondre, durant les cinq prochaines années, à plusieurs défis globaux, parmi lesquels la question migratoire. La polarisation extrême de la campagne électorale actuelle, réduisant les migrations à une menace, augure mal de l’avenir. La peur est mauvaise conseillère. L’entreprise de déshumanisation des migrants atteint un paroxysme, allant jusqu’à leur instrumentalisation dans le cadre de rapports de force internationaux aussi bien qu’au service d’intérêts privés malveillants.

Lucidité

Le trafic des passeurs ou les pratiques de certains États exploitant sans vergogne, au prix de nombreuses vies, les flux migratoires doivent être dénoncés et affrontés. Mais ce combat est perdu d’avance s’il est mené avec les mêmes armes déshumanisantes et si l’on continue à présenter les migrants comme un danger pour nos sociétés, nos modes de vie, nos économies.

Nous appelons les gouvernants à la lucidité. Le refoulement des migrants aux frontières de l’Europe, comme on peut le constater notamment entre la Biélorussie et la Pologne, est contraire aux règles internationales dont nous nous sommes dotés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; en outre, il n’arrête en rien les passeurs mais justifie en quelque sorte leurs pratiques en les reproduisant. Le confinement de l’Europe derrière un nouveau rideau de fer, de barrières juridiques et de surveillance policière est contraire aux valeurs, mais aussi aux intérêts de notre continent vieillissant, dont les besoins considérables en main-d’œuvre dans les prochaines années sont scientifiquement établis.

À Calais, la France expérimente chaque jour les effets délétères de « l’externalisation » de la gestionmigratoire qu’elle subit de la part de la Grande-Bretagne, mais qu’elle impose elle-même, avec toute l’Europe, aux pays d’entrée que sont l’Espagne, l’Italie et la Grèce (en raison du règlement de Dublin). Cette externalisation affaiblit gravement l’Union dans sa solidarité interne comme dans l’équilibre de ses relations avec les pays tiers.

Courage

Comment sortir de l’impuissance et de la déshumanisation ? Nous appelons les gouvernants au courage. Les camps comme celui établi sur l’île grecque de Lesbos, les barbelés des forêts de Biélorussie ou de Bosnie, ne sauraient être le seul visage de l’Europe pour les « damnés de la terre » qui se tournent vers nous avec espérance. Seule une intégration rapide et active dans nos sociétés de cette jeunesse venue d’ailleurs, afghane, syrienne ou africaine, peut être un gage de croissance et de sécurité pour tous : une telle ambition ne peut être repoussée par calculs électoraux. Pour le dire avec les mots du pape François, « le vrai courage est le courage de la compassion ».

De nombreux citoyens se sont mobilisés à travers l’initiative des couloirs humanitaires lancés par Sant’Egidio et des partenaires œcuméniques en 2015, vers l’Italie puis la France et d’autres pays européens. Grâce à cette initiative, 5000 réfugiés ont déjà pu échapper aux passeurs et trouver un accueil et un accompagnement vers l’intégration. Il existe, dans nos sociétés européennes, une réserve d’humanité mobilisable, soucieuse d’exprimer sa solidarité concrète et qui n’a pas peur.

Mémoire

La peur n’a pas toujours oblitéré l’agir politique, si l’on veut bien se souvenir de la grande mobilisation de la fin des années 1970 lorsque la France accueillit, en pleine période de crise économique, près de 130 000 boat people vietnamiens et cambodgiens. Nous en appelons donc aussi à la mémoire. La paresse intellectuelle, le manque de courage, l’oubli de nos valeurs humanistes sont la véritable menace qui pèse sur l’avenir de notre pays.

Nous demandons à celui ou à celle qui veut gouverner la France une décision de mobilisation du meilleur de notre société au service d’une vision d’intégration et de paix. Il en va de la survie de notre démocratie, menacée par la culture des murs, du suspect et de la défiance. La France a besoin de retrouver courage et confiance. »

 

Valérie Régnier, présidente de Sant’Egidio France, avec Véronique Albanel, présidente de JRS France. Sofia Aouine, écrivain. Guy Aurenche, avocat honoraire, président d’honneur de la fédération internationale de l’Acat. Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille. Bertrand Badie, politologue, spécialiste des relations internationales. Yoann Barbereau, écrivain. Monique Baujard, présidente de l’association des Amis de La Vie. Jean-François Bayart, professeur à l’lheid (Genève). Nathalie Becquart, xavière, sous-secrétaire du Secrétariat général du Synode des évêques. Brigitte Benkemoun, écrivaine et journaliste. Karima Berger, écrivaine. Dominique Bourg, philosophe. Gaël Brustier, politologue et essayiste. Régis Burnet, professeur de Nouveau Testament à l’Université catholique de Louvain. Noëlle Châtelet, écrivaine. Catherine Clément, philosophe. Michel Cool, essayiste, journaliste. Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon. Philippe Demeestère, prêtre jésuite, aumônier du Secours catholique à Calais. Véronique Devise, présidente du Secours catholique. Cécile Duflot, ancienne ministre. Roselyne Dupont-Roc, bibliste, retraitée du Theologicum de l’Institut catholique de Paris. Emmanuel Dupuy, président de l’institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Jean-Dominique Durand, professeur émérite d’histoire contemporaine. Sébastien Fath, historien, chercheur au CNRS. Véronique Fayet, présidente d’honneur du Secours catholique. Sylvain Fort, conseiller politique. Sylvie Germain, écrivaine. Samuel Grzybowski, cofondateur de Coexister, porte-parole de Primaire populaire. Antoine Guggenheim, curé de la paroisse Notre-Dame-d’Espérance (Paris). Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain, essayiste. Chems-Eddine Hafiz, recteur de la grande mosquée de Paris. Colette Hamza, xavière, directrice de l’ISTR de Marseille. Pierre Henry, président de France Fraternités. Béatrice Hibou, directrice de recherche au CNRS. Jean-Michel Hirt, écrivain, psychanalyste, professeur des universités. Alexis Jenni, écrivain. Marie-Hélène Lafage, cofondatrice du café Le Simone. Marc Lienard, doyen honoraire de la faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg. François Mandil, militant écologiste. Pierre de Mareuil, aumônier aux aéroports pour la Fédération protestante de France. Christian Mellon, jésuite, membre du Ceras, Saint-Denis. Jean-Luc Mouton, directeur de l’hebdomadaire Réforme. Marion Muller-Colard, écrivaine et théologienne. Élisabeth Parmetier, théologienne, professeure des universités. Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle, président d’Esprit civique. Benjamin Pouzin, du groupe de musique Glorious. Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France. Cécile Renouard, religieuse de l’Assomption, présidente du Campus de la transition. Malik Salemkour,président de La Ligue des droits de l’Homme (LDH). Jean-Louis Schlegel, ancien directeur de la rédaction d’Esprit, sociologue des religions. Benoist de Sinety, prêtre catholique, curé de la paroisse Saint-Eubert (Lille). François Soulage, ancien président du collectif Alerte. Benjamin Stora, historien, ancien président du Musée national de l’histoire de l’immigration. Jacques Tassin,écologue et écrivain. Estelle Villeneuve, archéologue. Anne Waeles et Foucauld Giuliani, auteurs de la Communion qui vient. Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS. Jean-Paul Willaime, directeur d’études émérite à l’EPHE (PSL). Louis Witter, photojournaliste à Calais. ValentineZuber, historienne.

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