Le Monde – 25/12/08 – « On ne peut pas arriver avec notre Bible à la main, alors on essaye de faire passer des valeurs »

Dans le 13 ème arrondissement, la communauté catholique Sant'Egidio a fait partager un goûter de Noël.

Abdallah, Mustapha, Aminata, Sabrina, Anishant ont quitté la salle paroissiale avec leurs cadeaux de Noël. Sans trop savoir pourquoi la fête avait lieu ce jour-là. Mercredi 24 décembre, les membres de la communauté catholique Sant’Egidio ont accueilli une quarantaine d’enfants, comme ils le font tous les samedis de l’année, dans le sous-sol de l’église Saint-Hyppolite, située au pied des tours populaires d’un quartier du 13e arrondissement de Paris.

«  Ces enfants, qui sont en grande majorité musulmans et originaires d’Afrique, savent en gros que Noël est une fête française », même si on leur a expliqué que, pour nous chrétiens, célébrer la naissance de Jésus est important », explique Nadège, l’une des fidèles de cette communauté de laïcs fondée en Italie en 1968, réputée pour son travail de médiation dans les conflits internationaux et le dialogue interreligieux.

Après réflexion et quelques tentatives peu convaincues, Anishant, jeune Sri-Lankais de 11 ans, croit pouvoir affirmer que « Noël, c’est un truc religieux pour fêter la mort de Jésus ». Il fréquente depuis trois ans l’Ecole de la Paix, le programme de soutien scolaire lancé par Sant’Egidio dans le quartier en 1997, passe tous ces samedis après-midi avec les membres de la communauté chrétienne et participe aux colonies de vacances organisées chaque année. De l’Eglise catholique, il ne connaît pourtant que Lourdes, où sa famille, hindouiste, va en pèlerinage chaque année depuis dix ans. « Je prie tous les dieux ; cela protège ma famille« , confirme sa mère.

Pour Aminata, 9 ans, originaire de Guinée-Conakry, Noël est «  une fête que l’on fait à chaque fois qu’il y a de la neige ». Sa mère, musulmane pratiquante, venue participer au goûter de Noël, acquiesce : « Cette fête, ce n’est pas pour nous. »

Ces réflexions font sourire les fidèles de Sant’Egidio, pour qui le message religieux n’a pas besoin d’être explicite. « On se demande juste comment être chrétien dans une grande ville comme Paris ; on ne peut pas arriver avec notre Bible à la main, alors on essaye de faire passer des valeurs et on parle davantage de  » vivre ensemble  » que de Jésus » souligne Valérie Régnier, l’une des responsables de la communauté, encore réduite, qui existe en France depuis 1995. « Notre communauté s’est fondée sur l’idée qu’il fallait partager sa vie avec les pauvres. Or à Paris, les plus pauvres ne sont pas catholiques. »

Après un réveillon dans leur famille respective, les membres de Sant’Egidio devaient retrouver, jeudi 25 à midi, une centaine de convives, des sans-abri et des personnes isolées, pour un repas de Noël organisé dans l’église Saint-Merri, à Paris.