La Vie – 16.12.2016 – Syrie : “Il faut multiplier les voix de paix, c’est notre devoir“

Propos recueillis par Sophie Lebrun
 © KARAM AL-MASRI / AFP
© KARAM AL-MASRI / AFP

La bataille d’Alep, deuxième ville la plus importante de Syrie, semble toucher à sa fin, les forces gouvernementales annonçant avoir repris le contrôle des quartiers insurgés, même si des morts se comptent encore chaque jour. La Communauté de Sant’Egidio, reconnue internationalement pour sa médiation politique dans la résolution de conflits, appelle à retrouver le chemin du dialogue pour établir la paix, comme l’explique Paolo Morozzo, juriste et responsable du service migrants de cette ONG.

Depuis quatre an et demi, la ville d’Alep est le terrain d’une lutte acharnée entre les forces gouvernementales de Bachar al-Assad et l’opposition syrienne. Cette semaine, cette dernière semble avoir perdu et aurait subi des exactions de la part des soldats. Sans compter que l’évacuation des populations a du mal à se mettre en place… 

Alep a une histoire particulière : c’est celle du vivre-ensemble, car elle a accueilli notamment les chrétiens fuyant la Turquie lors du génocide. La déshumanité de la guerre se manifeste particulièrement là-bas, justement à cause de ce symbole de dialogue entre les communautés qu’elle représentait avant. Or l’ennemi principal de la guerre est le vivre-ensemble.

La Communauté Sant’Egidio a depuis longtemps des contacts dans cette région, avec les communautés chrétiennes mais pas seulement. Notre réseau d’amitié, maintenu malgré cette période de conflit, nous a permis ces derniers temps d’envoyer de l’aide humanitaire matérielle sur place. Et Andrea Riccardi, président de Sant’Egidio, interpelle régulièrement depuis deux ans les leaders politiques par un appel à sauver Alep (#SavingAleppo).

Comment un appel à la paix peut-il aider la Syrie ?

La guerre en Syrie est longue et terrible. On peut avoir l’impression que c’est impossible de l’arrêter. Mais le défi est de continuer à multiplier les voix de paix, c’est notre devoir. La politique des puissances mondiales a joué vers une extrémisation des positions en Syrie, c’est ainsi que l’on est arrivé à la situation actuelle. Les positions sont aujourd’hui exacerbés entre les ennemis… Ce ne sera pas facile mais il faut arriver à reprendre une dynamique de dialogue. L’appel à la paix de la Communauté Sant’Egidio, soutenu par de nombreuses voix, ainsi que d’autres appels, font monter une opinion publique internationale, entendre la voix des personnes de foi qui appartiennent aux religions présentes en Syrie. Cela peut compter pour revenir à une stabilité de dialogue dans la région et surtout, avant cela, obtenir des règles d’humanité pendant la guerre pour sauver les vies des personnes désarmées. Mais cela demande aussi de travailler dans la patience de l’histoire.

Cela fait un an que vous avez mis en place des corridors humanitaires pour les réfugiés syriens installés dans des pays voisins qui veulent rejoindre l’Italie. Est-ce que cela fonctionne ?

Les populations syriennes qui ont fui dans des pays dit de « premier asile » (Liban, Turquie, Jordanie) ont le droit de recevoir une protection internationale, c’est-à-dire la garantie de l’insertion dans un pays, celle d’une vie ordinaire et d’un futur pour leurs familles. Ce n’est pas possible dans ces pays qui accueillent dans une situation d’urgence. L’alternative pour les réfugiés syriens est alors le passage de la mer Méditerranée, avec les 30.000 personnes noyées que l’on sait… En décembre 2015, nous avons donc mis en place des « corridors humanitaires » entre ces pays et l’Italie avec une alliance entre les autorités étatiques et la société civile : les premiers autorisent l’arrivée de réfugiés, les seconds financent le voyage et se mobilisent pour recevoir dignement les personnes. Au-delà de l’expérience qui est une réussite – nous avons accueilli 500 réfugiés en un an et prévoyons de même pour 2017 – nous voulons ainsi envoyer un message à l’Europe : ce modèle peut se généraliser, la société civile peut répondre présente au besoin de solidarité, avec l’aide de l’État qui est alors lui aussi encouragé dans son action.

Pour signer l’appel Sauvons Alep de la Communauté Sant’Egidio : www.santegidio.org

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