Famille chrétienne – 22/04/2020 – Valérie Régnier : « Emmanuel Macron partage la même inspiration que le pape concernant l’Afrique »

Le Président a échangé hier avec le pape François sur le continent africain, l’annulation de la dette et l’action humanitaire à l’heure du Covid. Analyse de Valérie Régnier, présidente de la communauté Sant'Egidio France, qui a été reçue par Emmanuel Macron sur ce thème juste avant le confinement.

Macron et le pape François le 26 juin 2018
Macron et le pape François le 26 juin 2018. Emmanuel Macron a offert au pape François une édition ancienne de 1949, en italien, du Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos, un auteur particulièrement apprécié du pontife. ©A.TARANTINO-AFP

 

Juste avant le confinement, vous avez rencontré Emmanuel Macron pour parler de la responsabilité des catholiques européens en Afrique ?

Nous avons été reçus plus d’une heure par Emmanuel Macron à l’Elysée le 3 mars avec Andrea Riccardi, le fondateur de Sant’Egidio. C’était la suite de la conversation qui avait commencé à Rome, le 29 juin 2018 à Rome, au palais Farnese quand le président français était venu voir le pape François. Pendant notre entretien, nous avons évoqué l’Afrique, la présence et les actions humanitaires de Sant’Egidio dans le continent. Le Président est très sensible à tout cela. Nous étions sur la même longueur d’onde.

 

Emmanuel Macron a évoqué avec le pape la question de l’annulation de la dette des pays africains. Que faut-il en penser ?

Nous n’avons pas parlé explicitement avec le Président de l’opportunité d’annuler la dette des pays africains. J’ai été impressionnée quand, devant tous les Français, il a évoqué notre histoire eurafricaine. Ce n’est pas trop l’image que nous avons d’Emmanuel Macron d’habitude ! Sa proposition d’annulation de la dette a la même inspiration que le message Urbi et orbi du pape.

 

Quelle a été la teneur de votre échange sur l’Afrique ?

Nous avons évoqué le sort de Laurent Barthélemy, un adolescent retrouvé dans le train d’atterrissage d’un avion à Roissy le 8 janvier dernier. Il était originaire d’un bidonville en Côte d’Ivoire et rêvait de la France et de l’Institut Pasteur… Emmanuel Macron semble très sensible, comme nous, au fait de permettre aux jeunes africains de rester dans leur pays pour le bâtir plutôt que de le fuir. L’histoire de Laurent Barthélemy est très instructive à ce propos. Sant’Egidio a aidé son papa à venir reconnaître le corps de son fils en France et à repartir avec lui… Il fallait lui permettre de l’enterrer dignement. En Côte d’ivoire, la communauté Sant’Egidio a lancé une campagne en direction des jeunes pour les inciter à rester au pays. ‘Votre pays ne dépend pas juste de votre Président mais de la société civile c’est-à-dire de vous !’ Nos responsables tiennent depuis longtemps ce discours auprès de la jeunesse. On aime sa famille, son quartier et son pays, c’est naturel. Ce n’est pas du nationalisme.

 

Ne pensez-vous pas que le pape ou que la communauté Sant’Egidio puissent être instrumentalisés par le Président ?

Nous sommes libres par rapport aux leaders et aux gouvernements. Cela n’empêche pas de vivre l’art de la rencontre avec tous, même avec ceux qui ont des responsabilités. Quand le Président reçoit Andrea Riccardi, il sait avec qui il parle:un chrétien, un fondateur de communauté, un historien, un ami du Pape et aussi un ancien ministre. Le Président a bien compris que nous étions d’abord des chrétiens. Il a parfaitement saisi que nos actions sur le terrain étaient le fruit d’un engagement spirituel. A vrai dire, j’ai senti un homme qui se livrait à un entretien gratuit. Bien entendu, rien n’est gratuit quand on est Président de la République et qu’on fait de la politique mais moi j’ai vu un homme qui aimait réfléchir avec d’autres qui ont des expériences différentes. C’est un homme ouvert, curieux de l’histoire et du présent.

 

Avez-vous évoqué avec le Président la pandémie en Afrique ?

Le Président était très attentif quand nous avons parlé du Mozambique avec notre programme Dream. Cela consiste en des laboratoires d’analyse qui permettent de suivre les malades du sida au quotidien. Ce réseau subsaharien va nous servir très prochainement pour le coronavirus. On n’a pas attendu que la pandémie frappe l’Afrique pour réagir : nous avons sollicité des fonds pour lutter contre la pandémie. Tout est prêt, nous attendons seulement le matériel pour dépister.

 

Les représentants du culte catholique ont évoqué avec le Président l’après 11 mai et le déconfinement des cultes. Avez-vous évoqué ce sujet avec le Président ?

C’était avant la décision du confinement en France. En ce qui concerne l’Italie Andrea Riccardi a insisté sur le fait qu’il ne fallait pas fermer nos églises en Occident, les tenir ouvertes non pas pour des cérémonies mais pour donner la possibilité de prier. C’est ce qui a été fait. C’est important de garder ouvert l’espace de l’esprit dans nos sociétés. Il faut laisser ouvertes nos églises quand tout ferme.

 

Propos recueillis par Samuel Pruvot