Couloirs humanitaires : la générosité désarmante d’une famille de réfugiés en temps de Covid-19

Fadia et son mari Abed sont arrivés en France grâce aux Couloirs humanitaires le 3 octobre dernier, avec leurs trois enfants : Jahed, 13 ans, Hayat, 10 ans et Omar, 8 ans. Sant’Egidio a confié cette famille originaire de Syrie, au collectif citoyen Limonest intégration migrants (LIM), à Limonest (métropole de Lyon), qui les accueille et les aide depuis leur arrivée. En ces temps difficiles, les membres de cette famille exilée nous donnent de l’espoir, chacun à leur manière.

De l’importance de l’écoute et de la machine à coudre. « C’est une belle histoire, qui commence avant Noël et se termine à Pâques. Symbole, pour certains. Fruit de la parole, de l’écoute, de l’accompagnement et du travail en réseau paroissial et associatif pour d’autres », explique Jean, responsable du collectif LIM. A l’origine, la phrase de Fadia : « J’étais couturière dans mon pays, en Syrie, près d’Alep. » En réaction immédiate : « Nous t’avons entendue. Nous allons trouver pour toi une machine à coudre ». Grâce au travail en réseau, une personne ayant estimé qu’il était temps de passer la main fait don en toute humilité et discrétion d’une machine à coudre.

Merveilleux passage de relais puisque Fadia a rapidement confectionné des vêtements pour sa famille et quelques amis. C’est alors que survint le Covid-19. Des appels désordonnés, hésitants, furent lancés pour la fabrication de masques. Fadia n’a jamais hésité : « Je vais faire des masques. » Compte tenu de la position de la communauté scientifique au début, elle n’est pas encouragée dans ce sens, mais d’autres appels à l’aide la conduisent à confectionner des blouses chirurgicales qui furent offertes ensuite à un Ehpad.

Rayons de soleil

Puis, les autorités valident l’intérêt protecteur du masque et le projet Confectionneurs solidaires, lancé par la société Boldoduc, propose une opération de fabrication à domicile. Deux exigences pour postuler : disposer d’une machine équipée pour le point zig-zag et s’engager à fabriquer 260 masques dans un temps court. La machine est effectivement opérationnelle. Fadia est partante malgré sa charge de travail journalière. Son mari la soutiendra pour les charges ménagères qui sont conséquentes car la famille a trois enfants qui ne vont plus à l’école ni à la cantine à cause du confinement. Au moment de choisir entre rémunération pour son travail et don a une association caritative dans le cadre de ce projet, elle choisit la seconde option alors que la famille dispose de l’allocation de demande d’asile comme unique ressource ! La confection va commencer. Edifiant !

Les enfants ont eux aussi participé à cet élan de générosité grâce à Dominique, une bénévole du collectif qui aide Hayat avec ses devoirs et qui a eu l’idée de leur faire réaliser des dessins et des lettres pour les personnes âgées confinées en maison de retraite. Les photos de leurs œuvres et de leurs sourires ont été envoyées à l’Ephad de Limonest, comme des rayons de soleil à l’intérieur de ces structures fermées.

Merci à Fadia et à sa famille pour leur extraordinaire élan de générosité désarmante et leur désir de servir à leur mesure le pays qui les accueille.

Les Couloirs Humanitaires, initiés en Italie, ont démarré en France à l’initiative de Sant’Egidio, en partenariat avec la Fédération protestante de France, la Fédération de l’Entraide Protestante, le Secours catholique Caritas France et la Conférence des Evêques de France en mars 2017. A ce jour, 470 personnes syriennes et irakiennes ont pu arriver en France et se reconstruire, accompagnés par 2500 bénévoles dans toute la France.