Comprendre le pape François

« Comme j’aimerais une Eglise pauvre et pour les pauvres ». Depuis les premiers instants de son pontificat, ses paroles et ses actions simples et directes ont immédiatement conquis les croyants et les non-croyants. Le pape François n’agit pas comme le chef d’une institution hiérarchique, mais comme un évêque qui veut marcher avec son peuple. Il ne cesse de réveiller l’Eglise et les fidèles pour qu’ils se mettent au service de la radicalité de l’Evangile. Longtemps immergé dans la réalité complexe d’une métropole d’Amérique latine, en contact quotidien avec les personnes nécessiteuses, François apporte avec lui l’expérience considérable de « l’Eglise du Sud ». Andrea Riccardi se penche sur les débuts de son pontificat et sur ses perspectives.

Biographie de l’auteur

Andrea Riccardi, historien, est une personnalité religieuse et politique italienne. Il est entre autres le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, née en 1968. Il a été, de 2011 à 2013, ministre de la Coopération internationale et de l’Intégration. Depuis 2013, il préside « Choix citoyen pour l’Italie », le nouveau parti de Mario Monti.
Comprendre le pape François, Andrea Riccardi, éditions de l’Emmanuel, Paris, février 2015, 288 pages, 19,90 €.

Extrait de l’avant-propos

La crise de l’Église catholique est-elle irréversible ? Un grand nombre de catholiques se posent la question, comme beaucoup d’autres personnes préoccupées par l’affaiblissement du rôle de l’Église dans l’histoire. Bien des choses ont été dites à ce sujet. Différentes réponses ont été avancées. Une conviction surtout s’est répandue : la vieille Église catholique n’avait peut-être plus les ressources pour affronter la crise. Dans ce climat d’incertitude, la renonciation inattendue du pape Benoît, le 11 février 2013, a d’abord donné lieu aux interprétations les plus diverses et semblé confirmer la gravité de la crise. Beaucoup ont interprété cette renonciation comme un retrait personnel du pape devant des problèmes insolubles. Sa décision était une preuve de la gravité de la situation ; elle justifiait le pessimisme quant à l’avenir de l’Église catholique. Cette crise ne venait pas de l’extérieur (persécutions, mesures discriminatoires…), comme si souvent par le passé, mais plongeait ses racines dans la vie interne de l’Église même.
Cette démission fut suivie par l’élection du premier pape latino-américain de l’histoire, le cardinal Jorge Bergoglio, qui prit le nom de François. Ce fut une véritable surprise. Non seulement le choix de l’homme, mais aussi l’impact immédiatement positif de sa personnalité sur les catholiques et les non-catholiques. On perçut un intérêt nouveau pour l’Église.
Les faits sont connus. Mais bien des questions demeurent sans réponse. Les causes de la crise sont-elles une affaire entendue ? Que s’est-il passé au cours de cette période si cruciale pour le catholicisme ? Ces interrogations méritent d’être examinées dès maintenant, en attendant que les historiens se penchent un jour sur le sujet. L’année 2012-2013, année de la crise, de la démission inédite du pape et de ce qui ressemble à un nouveau «printemps» du catholicisme, a été une période extrêmement délicate. Il n’est pas trop tôt pour essayer de comprendre ce qui s’est passé en profondeur, par-delà les vicissitudes de l’Église. Nous en avons les moyens. Cette histoire est faite d’éléments dont on ne tient pas souvent compte car ils vont au-delà des perceptions, des impressions et des rumeurs.
Quelle est l’ampleur de la crise de l’Église et comment le pape François y réagit-il depuis son élection ? Quelle que soit la réponse, une chose est sûre : ce passage de la crise à la surprise est révélateur de la spécificité du catholicisme – que l’on n’évalue pas toujours avec suffisamment d’attention -, de ses ressources, des différents mondes qui le composent, de son approche singulière de l’avenir. Il me semble particulièrement important de tenter de comprendre la «proposition» du pape Bergoglio, et, pour ce faire, de retracer sa pensée et son parcours, y compris avant son élection. C’est ce que je me propose de faire dans ces pages.
Lorsqu’on se mesure à la pensée et à la personnalité de François, les analyses simplistes faisant de lui un pape populiste ou sentimental se dégonflent d’elles-mêmes comme des ballons de baudruche. La «proposition» du pape François vient de loin. On le perçoit en étudiant son histoire et sa pensée. Au fil des années, Jorge Bergoglio a approfondi une réflexion qui s’articule autour des thèmes cruciaux de la vie de l’Église et de sa place dans la société contemporaine. Il a suivi avec une attention particulière les changements des deux dernières décennies, notamment l’affirmation incontestée de la mondialisation et ses conséquences sur la vie économique et sociale. Il s’est interrogé sur l’espace et la mission de l’Église dans un monde transformé, pluriel, où la population vit dans les grandes villes. Il l’a fait en se référant au concile Vatican II et aux années postconciliaires, celles de Paul VI et du pape Wojtyla.